Les années passant, les musiciens tendent à se retourner vers la musique qui les bouleversa en premier lieu. C’est le cas d’Aaron Neville, 70 printemps, qui rend ici hommage au gospel de sa prime jeunesse. Cette belle idée s’accompagne d’une production chaleureuse, sans ostentation. Au centre : le piano du fondamental Allen Toussaint, qui présida au premier succès de Neville, Tell It Like It Is, en 1966. Certains morceaux datent de la fin du XIXe siècle, d’autres du civil rights movement ; les arrangements sont simples, et le disque - enregistré en 5 jours - tend à suivre la structure d’une cérémonie religieuse afro-américaine. La voix de Neville est à tomber en temps normal, mais sertie d’un si bel écrin, dotée d’un répertoire aussi chargé en spiritualité, c’est carrément l’extase.